Hormonothérapie : ce que 20 ans d’études nous ont appris

En 2002, une grande étude américaine a fait la une partout : l'hormonothérapie serait dangereuse. Du jour au lendemain, des millions de femmes ont arrêté leur traitement, et beaucoup de professionnels ont cessé d'en prescrire. Plus de vingt ans plus tard, la science a beaucoup évolué. Voici ce qu'on sait aujourd'hui, en mots simples.

2002 : L'ÉTUDE QUI A TOUT CHANGÉ

La Women's Health Initiative (WHI) suivait des milliers de femmes qui prenaient des hormones par la bouche. En 2002, une partie de l'étude a été arrêtée plus tôt que prévu, à cause d'une légère hausse du risque de cancer du sein, d'infarctus, d'AVC et de caillots sanguins (1).

Mais il y avait un détail important : les participantes avaient en moyenne 63 ans, soit plus de dix ans après le début de leur ménopause. Beaucoup n'avaient même plus de symptômes. Et le traitement étudié ne ressemble pas à ce qu'on utilise le plus souvent aujourd'hui.

CE QUE LES ÉTUDES SUIVANTES ONT MONTRÉ

L'âge et le moment comptent. Quand on a analysé les données selon l'âge, le portrait a changé. Chez les femmes de moins de 60 ans, ou à moins de 10 ans du début de leur ménopause, les risques étaient beaucoup plus faibles (2). C'est ce qu'on appelle la « fenêtre d'opportunité ». D'autres études ont exploré cette idée, avec des résultats rassurants chez les femmes qui commencent tôt (3, 4).

Pas de hausse de la mortalité à long terme. Après 18 ans de suivi, les femmes de la WHI qui avaient pris des hormones ne mouraient pas davantage que les autres, toutes causes confondues (5).

La voie d'administration fait une différence. L'estrogène pris par la bouche passe par le foie, ce qui augmente le risque de caillots. L'estrogène appliqué sur la peau (timbre, gel) ne semble pas augmenter ce risque, selon plusieurs études, dont l'étude française ESTHER (6, 7).

Le cancer du sein : des nuances importantes. Le risque dépend du type d'hormones, de la durée et de la personne. Dans la WHI, les femmes qui prenaient de l'estrogène seul (après une hystérectomie) n'ont pas eu plus de cancers du sein (8). Quand on combine un estrogène et un progestatif, il existe une petite hausse du risque, qui augmente avec la durée d'utilisation (9). Certaines études suggèrent que le type de progestatif pourrait jouer un rôle, mais ce n'est pas encore tranché (10).

CE QUE DISENT LES EXPERTS AUJOURD'HUI

Les grandes sociétés savantes, comme la Menopause Society nord-américaine, et au Québec l'INESSS, s'entendent sur des points clés (11, 12) :

• Pour une femme en bonne santé de moins de 60 ans, ou à moins de 10 ans de sa ménopause, qui a des symptômes dérangeants, les bienfaits dépassent généralement les risques.

• L'hormonothérapie reste le traitement le plus efficace contre les chaleurs et les sueurs de nuit.

• Le choix se fait au cas par cas : antécédents, préférences, symptômes, facteurs de risque.

• Il n'y a pas de durée maximale fixe : on réévalue régulièrement avec un professionnel.

ET LES HORMONES « BIOIDENTIQUES »?

On entend souvent qu'elles sont plus naturelles ou plus sécuritaires. En réalité, ce qui compte, c'est le bon choix, la bonne dose, la bonne voie et le bon suivi, avec des produits approuvés et un suivi professionnel.

EN RÉSUMÉ

L'hormonothérapie n'est ni dangereuse pour tout le monde, ni une solution magique. C'est un traitement qui se décide en connaissant ton histoire, tes symptômes et tes risques. Si tu te poses des questions, la meilleure étape est d'en parler avec un professionnel qui prend le temps de faire le tour avec toi.

Au Centre Nova Santé, l'évaluation se fait en ligne, partout au Québec. Une prescription est possible au besoin, après évaluation par une infirmière praticienne spécialisée.

418 520-5262 · centrenovasante.com

Marie-Eve Oger, infirmière · Centre Nova Santé

Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation avec un professionnel de la santé.

SOURCES

1. Writing Group for the Women's Health Initiative Investigators. Risks and benefits of estrogen plus progestin in healthy postmenopausal women. JAMA, 2002.

2. Rossouw JE et coll. Postmenopausal hormone therapy and risk of cardiovascular disease by age and years since menopause. JAMA, 2007.

3. Hodis HN et coll. Vascular effects of early versus late postmenopausal treatment with estradiol (étude ELITE). New England Journal of Medicine, 2016.

4. Schierbeck LL et coll. Effect of hormone replacement therapy on cardiovascular events in recently postmenopausal women (étude DOPS). BMJ, 2012.

5. Manson JE et coll. Menopausal hormone therapy and long-term all-cause and cause-specific mortality. JAMA, 2017.

6. Canonico M et coll. Hormone therapy and venous thromboembolism among postmenopausal women (étude ESTHER). Circulation, 2007.

7. Vinogradova Y et coll. Use of hormone replacement therapy and risk of venous thromboembolism. BMJ, 2019.

8. Manson JE et coll. Menopausal hormone therapy and health outcomes during the intervention and extended poststopping phases of the WHI. JAMA, 2013.

9. Collaborative Group on Hormonal Factors in Breast Cancer. Type and timing of menopausal hormone therapy and breast cancer risk. The Lancet, 2019.

10. Fournier A et coll. Unequal risks for breast cancer associated with different hormone replacement therapies (étude E3N). Breast Cancer Research and Treatment, 2008.

11. The North American Menopause Society. The 2022 hormone therapy position statement. Menopause, 2022.

12. INESSS. Outil d'aide à la décision sur l'hormonothérapie de la ménopause, septembre 2024.

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