Douleurs articulaires, muscles et ménopause : quel rôle jouent les hormones?

Vous avez l’impression d’avoir soudainement mal partout?

Épaules raides au réveil, hanches sensibles, genoux douloureux, muscles plus tendus, tendons qui semblent plus fragiles, perte de force ou récupération plus lente après l’exercice?

Chez de nombreuses femmes, ces changements apparaissent autour de la quarantaine ou de la cinquantaine — parfois en même temps que d’autres signes de périménopause.

Et non, les hormones n’agissent pas seulement sur les règles et les bouffées de chaleur.

La transition ménopausique peut aussi s’accompagner de changements au niveau des muscles, des articulations, des tendons et, plus largement, du système musculosquelettique.

Les douleurs musculaires et articulaires sont-elles vraiment plus fréquentes en périménopause?

Les données récentes sont particulièrement intéressantes.

Une revue systématique et méta-analyse publiée en 2026 a regroupé 37 études provenant de 22 pays, pour un total de plus de 93 000 femmes.

Les chercheurs ont observé des douleurs musculaires ou articulaires chez environ :

  • 40 % des femmes préménopausées;

  • 57 % des femmes en périménopause;

  • 59 % des femmes postménopausées.

Comparativement aux femmes préménopausées, les femmes en périménopause présentaient un risque environ 35 % plus élevé de rapporter des douleurs musculaires ou articulaires. Chez les femmes postménopausées, le risque était environ 40 % plus élevé.

Ces données ne signifient pas que chaque douleur apparue autour de la quarantaine ou de la cinquantaine est causée par les hormones. Les études disponibles sont majoritairement observationnelles et les causes précises des différentes douleurs ne sont pas toujours documentées.

Elles montrent cependant quelque chose d’important : les manifestations musculosquelettiques deviennent beaucoup plus fréquentes pendant la transition ménopausique et méritent donc de faire partie du portrait clinique.

Pourquoi la baisse des œstrogènes peut-elle se faire sentir dans les articulations et les muscles?

On associe souvent les œstrogènes au système reproducteur, mais leur rôle ne s’arrête évidemment pas là.

Les changements hormonaux de la ménopause peuvent influencer plusieurs composantes du système musculosquelettique : les muscles, les os, les articulations, les tendons et certains tissus conjonctifs.

Les œstrogènes interviennent aussi dans différents mécanismes impliqués dans la fonction musculaire, la santé osseuse, l’inflammation et la perception de la douleur.

Lorsque les niveaux hormonaux commencent à fluctuer puis à diminuer pendant la transition ménopausique, certaines femmes remarquent donc une véritable modification de leur confort physique : davantage de raideur, de douleurs, une récupération plus lente ou simplement l’impression que leur corps « ne répond plus comme avant ».

Une publication scientifique de 2024 a d’ailleurs proposé le terme de « syndrome musculosquelettique de la ménopause » pour attirer davantage l’attention sur cet ensemble de manifestations encore souvent sous-reconnues.

Quels symptômes peuvent apparaître?

Le tableau peut être très différent d’une femme à l’autre.

Certaines femmes décrivent notamment :

  • des douleurs articulaires diffuses;

  • davantage de raideur, particulièrement au réveil;

  • des douleurs aux épaules, aux hanches ou aux genoux;

  • des tensions ou douleurs musculaires;

  • une récupération plus lente après l’activité physique;

  • une diminution de la force;

  • une modification de la masse musculaire;

  • une sensibilité accrue au niveau de certains tendons;

  • une sensation générale d’être plus « rouillée » qu’avant.

Chez certaines femmes, ces changements apparaissent en même temps que des symptômes beaucoup plus facilement associés à la périménopause : bouffées de chaleur, sueurs nocturnes, troubles du sommeil, changements menstruels, humeur plus variable ou brouillard mental.

Chez d’autres, les douleurs musculosquelettiques peuvent être parmi les premières manifestations remarquées.

Et la masse musculaire?

La transition ménopausique ne concerne pas uniquement les articulations.

La santé musculaire évolue elle aussi avec l’âge et l’environnement hormonal.

Certaines femmes remarquent une diminution de leur force, une récupération plus difficile après l’exercice ou une modification de leur composition corporelle.

La Menopause Society souligne que la fonction et la masse musculaires peuvent être affectées autour de la ménopause. Des données portant notamment sur les femmes ayant vécu une ménopause chirurgicale précoce suggèrent également qu’une perte hormonale plus précoce ou plus abrupte pourrait être associée à davantage d’inconfort musculosquelettique et à un risque accru de sarcopénie.

C’est l’une des raisons pour lesquelles le maintien de la force et de la masse musculaires prend autant d’importance à cette période de la vie.

Et l’hormonothérapie dans tout ça?

C’est une question très fréquente.

Puisque les douleurs musculosquelettiques deviennent plus fréquentes au moment où l’exposition aux œstrogènes diminue, il est logique de se demander si l’hormonothérapie peut améliorer ces symptômes.

Certaines données sont encourageantes.

Dans un essai randomisé de la Women’s Health Initiative portant sur plus de 10 000 femmes postménopausées ayant subi une hystérectomie, les femmes recevant des œstrogènes seuls rapportaient légèrement moins de douleurs articulaires après un an que celles recevant un placebo. L’effet observé était modeste, mais il persistait dans le suivi.

Lorsqu’on rassemble l’ensemble des recherches disponibles, par contre, les résultats demeurent variables. Une revue systématique et méta-analyse publiée en 2026 souligne justement qu’il existe beaucoup d’hétérogénéité entre les études et qu’il manque encore d’essais spécifiquement conçus pour mesurer l’effet de l’hormonothérapie sur les douleurs musculosquelettiques associées à la ménopause.

Autrement dit, l’absence de preuve définitive ne signifie pas que les hormones n’ont aucun rôle.

Elle signifie surtout que la recherche n’est pas encore suffisamment précise pour considérer les douleurs articulaires, à elles seules, comme une indication indépendante à l’hormonothérapie.

L’hormonothérapie est plutôt évaluée dans le contexte global de la transition ménopausique : symptômes, âge, antécédents, facteurs de risque, préférences et objectifs de traitement. Les indications reconnues comprennent notamment les symptômes vasomoteurs, le syndrome génito-urinaire de la ménopause et certaines situations liées à la prévention de la perte osseuse.

Chez une femme qui présente des douleurs musculosquelettiques en même temps que des bouffées de chaleur, des sueurs nocturnes, des perturbations du sommeil, des changements menstruels ou d’autres manifestations de la périménopause, ces douleurs peuvent donc faire partie du portrait global à considérer.

Une approche globale demeure importante

Reconnaître le rôle possible des hormones ne signifie pas attribuer automatiquement chaque douleur à la ménopause.

L’objectif est plutôt de ne pas faire l’erreur inverse : considérer les muscles et les articulations complètement séparément du reste de la transition hormonale.

Une douleur nouvelle, persistante, importante ou inhabituelle mérite toujours d’être évaluée selon son contexte afin d’écarter d’autres causes possibles.

Mais chez une femme en périménopause ou en ménopause, le portrait hormonal mérite lui aussi sa place dans l’évaluation.

Certaines problématiques particulières, comme la capsulite rétractile — le fameux « frozen shoulder » — font également l’objet de recherches spécifiques sur leur relation possible avec la transition ménopausique. J’y consacre d’ailleurs un article distinct sur le site.

Comment protéger sa santé musculosquelettique?

Les hormones ne sont évidemment qu’une partie du portrait.

Plusieurs stratégies peuvent soutenir les muscles, les articulations et la santé osseuse pendant cette transition :

  • maintenir une activité physique régulière;

  • intégrer progressivement du renforcement musculaire;

  • assurer un apport alimentaire adéquat, notamment en protéines;

  • protéger la qualité du sommeil;

  • prendre en charge les facteurs de santé métabolique;

  • porter attention à la santé osseuse;

  • maintenir la mobilité et l’activité au quotidien;

  • faire évaluer les douleurs persistantes ou inhabituelles;

  • et considérer le portrait hormonal lorsqu’il existe d’autres symptômes de périménopause ou de ménopause.

Le but n’est pas d’accepter automatiquement la douleur, la perte de force ou la diminution de mobilité comme une conséquence inévitable du vieillissement.

À retenir

Les douleurs musculaires et articulaires sont fréquentes autour de la ménopause et deviennent significativement plus courantes pendant la périménopause et la postménopause.

Les changements hormonaux, notamment les fluctuations puis la diminution des œstrogènes, semblent contribuer à ce phénomène chez plusieurs femmes, même si tous les mécanismes ne sont pas encore entièrement compris.

L’effet de l’hormonothérapie sur les douleurs musculosquelettiques continue d’être étudié. Certaines femmes peuvent observer une amélioration, mais les données actuelles ne permettent pas de considérer l’hormonothérapie comme un traitement spécifique universel de ces douleurs.

Le message important est donc beaucoup plus large : lorsqu’une femme commence à présenter des douleurs, de la raideur, une diminution de force ou d’autres changements musculosquelettiques autour de la périménopause, il peut être pertinent de considérer ces manifestations dans l’ensemble de son portrait de santé plutôt que de les regarder complètement isolément.

Références scientifiques

Kruse C, McKechnie T, Dworsky-Fried J, et al. Musculoskeletal Manifestations of Perimenopause: A Systematic Review and Meta-Analysis of 93,021 Women. JB JS Open Access. 2026;11(1):e25.00254. doi:10.2106/JBJS.OA.25.00254.

Wright VJ, Schwartzman JD, Itinoche R, Wittstein J. The musculoskeletal syndrome of menopause. Climacteric. 2024;27(5):466-472. doi:10.1080/13697137.2024.2380363.

Overton R, Amini P, Chew A, et al. The effect of hormone replacement therapy on musculoskeletal pain in menopausal women: A systematic review and meta-analysis. Post Reproductive Health. 2026;32(1):52-68. doi:10.1177/20533691251403087.

Chlebowski RT, Cirillo DJ, Eaton CB, et al. Estrogen alone and joint symptoms in the Women's Health Initiative randomized trial. Menopause. 2013;20(6):600-608. doi:10.1097/GME.0b013e31828392c4.

The Menopause Society. Premature menopause linked to increased musculoskeletal pain and likelihood of sarcopenia. 2024.

The Menopause Society. Statement on Hormone Therapy Misinformation. Les indications reconnues de l’hormonothérapie et les limites des données concernant les troubles musculosquelettiques y sont notamment précisées.

Cet article est fourni à des fins éducatives et ne remplace pas une évaluation individualisée par un professionnel de la santé.

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