Frozen shoulder et ménopause : et si vos hormones jouaient aussi un rôle?
Vous avez soudainement mal à une épaule? Lever le bras, attacher votre soutien-gorge, enfiler un manteau ou dormir sur le côté devient difficile? Et tout cela arrive autour de la quarantaine ou de la cinquantaine, parfois sans blessure évidente?
On pense spontanément à un problème musculaire ou articulaire. Pourtant, chez certaines femmes en périménopause ou en ménopause, il peut être pertinent de regarder le portrait plus largement.
Les changements hormonaux — et particulièrement la diminution de l'exposition aux œstrogènes — pourraient aussi jouer un rôle dans la santé musculosquelettique.
Qu'est-ce que le « frozen shoulder »?
Le « frozen shoulder », ou capsulite rétractile (capsulite adhésive), est une affection de l'épaule qui entraîne progressivement de la douleur, de la raideur et une diminution importante de l'amplitude des mouvements.
Certaines personnes arrivent difficilement à :
lever le bras au-dessus de la tête;
aller chercher quelque chose derrière leur dos;
attacher leur soutien-gorge;
enfiler un manteau;
se coiffer;
dormir sur l'épaule atteinte.
La capsulite peut apparaître après une blessure, une chirurgie ou une période d'immobilisation, mais elle peut également survenir sans cause mécanique évidente. Certaines conditions, notamment le diabète et les troubles thyroïdiens, sont également associées à un risque plus élevé.
Pourquoi parle-t-on de plus en plus des hormones?
La capsulite touche particulièrement les adultes d'âge moyen et présente une prédominance féminine. Or, sa période de fréquence accrue chevauche justement les années de périménopause et de ménopause.
Cette observation a amené des chercheurs à s'intéresser au rôle potentiel des œstrogènes.
Les œstrogènes ne servent pas uniquement au système reproducteur. Ils ont des effets dans plusieurs tissus de l'organisme et participent notamment à différents processus impliqués dans la santé des muscles, des os, des articulations et des tissus conjonctifs. Ils interviennent aussi dans des mécanismes inflammatoires.
À mesure que la fonction ovarienne change pendant la transition ménopausique, les fluctuations puis la diminution des œstrogènes pourraient donc contribuer à certains symptômes musculosquelettiques.
Les douleurs articulaires sont-elles réellement plus fréquentes en périménopause?
Les données récentes sont particulièrement intéressantes.
Une revue systématique et méta-analyse publiée en 2026 a regroupé 37 études provenant de 22 pays, représentant plus de 93 000 femmes.
Les chercheurs ont observé des douleurs musculaires ou articulaires chez environ :
40 % des femmes préménopausées,
57 % des femmes en périménopause,
59 % des femmes postménopausées.
Comparativement aux femmes préménopausées, le risque de douleurs musculaires ou articulaires était environ 35 % plus élevé pendant la périménopause.
Les auteurs soulignent toutefois que ces données démontrent une association et ne permettent pas d'attribuer toutes les douleurs directement aux hormones. L'âge et de nombreux autres facteurs peuvent également intervenir.
Autrement dit : une douleur qui apparaît à 45 ou 50 ans n'est pas automatiquement « hormonale », mais les hormones peuvent faire partie du portrait.
Et spécifiquement pour le frozen shoulder?
C'est ici que la recherche devient particulièrement intéressante — mais qu'il faut aussi conserver une certaine prudence.
Des chercheurs de Duke University ont étudié près de 2 000 femmes postménopausées âgées de 45 à 60 ans.
Parmi les femmes ayant reçu une hormonothérapie, 3,95 % avaient reçu un diagnostic de capsulite adhésive, comparativement à 7,65 % chez celles qui n'avaient pas reçu d'œstrogènes.
La différence observée n'atteignait toutefois pas le seuil de signification statistique, notamment en raison de la taille de l'échantillon. Ces résultats constituent donc un signal intéressant à étudier davantage, et non la preuve que l'œstrogène prévient ou traite la capsulite.
La question est d'ailleurs suffisamment intéressante pour que des essais cliniques continuent maintenant d'étudier l'hormonothérapie comme traitement complémentaire à la prise en charge habituelle de la capsulite chez les femmes en péri- et postménopause.
Est-ce que l'hormonothérapie traite le frozen shoulder?
À l'heure actuelle, on ne peut pas affirmer que l'hormonothérapie constitue un traitement du frozen shoulder.
La prise en charge d'une capsulite peut notamment comprendre, selon la situation, de la physiothérapie, des exercices adaptés, le contrôle de la douleur et parfois des infiltrations de corticostéroïdes.
L'hormonothérapie de la ménopause est une décision médicale distincte, qui repose sur l'ensemble des symptômes, les antécédents personnels, les facteurs de risque, les préférences et les indications de chaque femme.
Cependant, lorsqu'une femme en périménopause ou en ménopause développe des symptômes musculosquelettiques en même temps que d'autres manifestations de la transition hormonale, il peut être pertinent de ne pas regarder son épaule complètement isolément du reste de son portrait clinique.
Une approche globale
Une douleur à l'épaule peut avoir de nombreuses causes : blessure, tendinopathie, problème de coiffe des rotateurs, capsulite, arthrite, problème cervical ou autre condition médicale.
Une évaluation appropriée demeure donc importante.
Mais si cette douleur apparaît autour de la périménopause avec, par exemple, des changements menstruels, des bouffées de chaleur, des sueurs nocturnes, des troubles du sommeil, des changements d'humeur, des symptômes génito-urinaires ou d'autres douleurs musculaires et articulaires, le contexte hormonal mérite lui aussi d'être considéré.
La santé hormonale ne se limite pas aux bouffées de chaleur.
Elle s'inscrit dans un portrait beaucoup plus global de la santé de la femme.
Références scientifiques
Wright VJ, Schwartzman JD, Itinoche R, Wittstein J. The musculoskeletal syndrome of menopause. Climacteric. 2024;27(5):466-472.
Consulter l'article sur PubMed
Kruse C, et al. Musculoskeletal Manifestations of Perimenopause: A Systematic Review and Meta-Analysis of 93,021 Women. JBJS Open Access. 2026.
Consulter l'étude
Reinke EK, et al. A preliminary pilot study to address design issues related to the association of hormone therapy and adhesive capsulitis in menopausal women. 2026.
Consulter l'étude sur PubMed
Duke University. Hormone Therapy Appears to Reduce Risk of Shoulder Pain in Older Women.
Résumé de la recherche de Duke University
Cet article est fourni à des fins éducatives et ne remplace pas une évaluation individualisée par un professionnel de la santé.